A chaque fois la même rengaine, les mêmes visages qui me reviennent et m’interrogent sur mon présent. A chaque voyage, on y revient, dans cette maison des peupliers, cette vieille forge des temps passés où mon enfance reste piégée. Et chaque fois ce déchirement, cette grosse boule qui reste là, empêche de boire, de respirer et me rappelle ces temps bénis où la famille était mon nid.
J’y replonge toujours avec cette peur incalculable de m’y noyer, piscine sans fond au goût de larmes et de baisers. Le passé est bien enfoui, caché dans mes pensées, oublié des cauchemars, isolé de l’adulte qui tente de vivre sans le fardeau biblique du paradis perdu. Ces moments n’en sont pas moins une joie, un havre bienheureux où rien ne compte, où tout s’oublie et se pardonne. Un an d’absence, rien n’y parait, on se retrouve comme à dix ans, écrasé par le poids des habitudes d’antan, heureux de l’insouciance de cette vie d’avant.
Chacun de mes passages est un moment privilégié que je chéris longtemps après, un de ces instants hors du temps où toute ma vie prend une saveur étrange et familière, où ce qui m’importe à Paris perd sa signification dans le sein maternel. Un îlot de calme dans une vie tourmentée qui rappelle mes pensées à l’essentiel, l’important.
Le passé, m’effraie, m’attire et me déchire, hante mon avenir… la mélancolie cette vieille habituée tant de fois repoussée, tant de fois épousée qu’il me faudra combattre pour pouvoir avancer.
Et puis … ma famille, c’est un monde bien à part où les problématiques sont autres que celles de ma vie, c’est un endroit peuplé de fonctionnaires consciencieux à la vie orchestrée et rangée. Un prisme bienfaisant mais tellement déroutant !



